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Entre les Diamétrales

Une planète, deux ville. Deux cités-univers reliées entre elles par une interminable ligne de chemin de fer, qui traverse un désert sans vie sur des dizaines de milliers de kilomètres.


Une décoration appropriée plongeait le bureau du directeur du musée, Charles-Hercules de Banaharan (son vrai nom demeurait mystérieux, probablement Georges Perrac, ou Emmanuel Lombertini…), dans une ambiance fastueuse. Tableaux de maîtres, sculptures rares, tapis touffus et bibelots précieux. Une musique électronique légère en fond sonore.
Les épaisses rouflaquettes qu’il portait sur les joues rejoignaient la monture de ses lunettes octogonales, légèrement fumées, qui glissaient jusqu’au bout de son nez, là où de larges narines les arrêtaient. Son nez en cloche, épais et tordu, lui valait bien des sobriquets péjoratifs. Il portait aujourd’hui un caraco à carreaux, dont les longues manches moulantes dissimulaient ses bras poilus, et une perruque à double bigoudis sur le crâne. Une parure de boucles d’oreille perçait chacun de ses côtés.
— Carpel Arnaud ! s’exclama-t-il de sa grosse voix, qui tenait de la sirène de paquebot. Tu arrives à point ! (Il lui tendit d’abord sa main, que Carpel prit et secoua, puis un feuillet gribouillé en colonnes.) Voilà la mise à prix de tes tableaux. Je viens de la terminer. Vérifie, je te prie.
Carpel saisit le feuillet, tira une chaise et s’assit, les jambes croisées. Il se releva immédiatement, s’approcha du bureau, choisit un crayon dans un gobelet et retourna s’asseoir de la même manière.
Il haussa les sourcils, soupira, barra. C’est une plaisanterie ? Une pièce à 130 cruz ? Charles-Hercules lui jouait un mauvais tour ? Carpel éleva les enchères de départ pour chacun de ses tableaux, puis il rendit le feuillet au directeur.
Charles-Hercules vérifia.
— C’est exigeant, remarqua-t-il.
— Plus encore que tu ne le crois. Mes œuvres valent le prix que j’en demande, s’enorgueillit Carpel.
— C’est toi qui décides, fit Charles-Hercules avec désintérêt.

Il écarta le feuillet corrigé dans un coin de son bureau et lui tendit la facture de ses prestations pour la vente du jour, à laquelle il ne pourrait y avoir aucune correction possible. Carpel l’examina avec morosité.


Commentaire :

Jubilatoire et délurée cette descente aux enfers dans un no man’s land perdu aux confins de la galaxie est à lire et à relire sans modération.


Retrouvez cette histoire dans le recueil Les éléphants gris d'Europe et d'Amérique

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35 pages
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Version électronique : 1 €

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