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Fantasma

Remportez un voyage astral interspatial avec Holochannel N°5 !

Fantasma ! Le plus fameux des jeux télé, refuge du soir pour les désœuvrés mentaux, institution générant des millions de cruz de bénéfice, fait chaque jour miroiter mille fantasmes dorés à une classe moyenne passionnée par les plaisirs imposés... Fusées, clones, planètes exotiques et décharges sidérales sont au programme de Fantasma, la nouvelle sponsorisée par Holochannel N°5 !

Et voici maintenant la dixième et dernière question de notre grand jeu ! s’exclama Jules Rosilo, le célèbre speaker de Fantasma, en effectuant un ample et inutile arc de cercle du bras gauche. Vous avez brillamment répondu au trial des neuf questions, mon cher Martial, ceci est donc la dernière marche avant le paradis !
Roulement de tambour. Éclairs stroboscopiques et tapis de fumée. Des flocons lumineux, lâchés par des techniciens cramponnés à la charpente du studio, tourbillonnèrent autour du joueur dont les tempes se perlaient désormais d’une sueur acide. Fantasma, c’était le plus célèbre des jeux d’argent d’Holochannel N°5, diffusé tous les soirs en première partie de soirée ; il rassemblait des millions de téléspectateurs à chaque diffusion.
– Attention, monsieur Sursauttoir ! reprit Jules Rosilo, bien conscient que son sourire éclatant faisait à cet instant fantasmer des dizaines de milliers de jolies filles. Il se tourna vers Martial. Écoutez bien la question…
– J’écoute, murmura fébrilement Martial Sursauttoir, âpre candidat qui avait sans faillir franchi toutes les étapes jusqu’à cette cime finale, cette fameuse dixième question.
Il écouta, car sa vie en dépendait.
Jules Rosilo tint une carte brillante à bout de bras, et lut la question qui y était inscrite.
— Quel est le sempiternel refrain des bardes altaïrans ? interrogea-t-il d’une voix exagérément distincte. Quel est, répéta-t-il encore plus lentement, le sempiternel refrain des célèbres bardes altaïrans ?
Précaution supplémentaire au cas où le candidat eut les oreilles bouchées, la question s’afficha en lettres de feu sur des écrans géants suspendus aux quatre coins du plateau. Jules Rosilo lança un regard vif à Martial Sursauttoir puis à la caméra.
— Il vous reste dix secondes, dit-il en faisant vibrer le célèbre trémolo de sa voix suave. Neuf ! Huit…
Martial paniqua.


Commentaire :

Chacun reconnaîtra en Jules Rosilo l’idole de notre jeunesse, le célèbre présentateur télé qui faisait jongler son micro comme la plus habile des majorette, et la chaîne pour qui il travaillait, qui ne compte qu’en temps de cerveau disponible...


Retrouvez cette histoire dans le recueil Les grands crocodiliens

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18 pages
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Version électronique : 1 €

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