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La mitamorphose

Si vous circulez le soir venu dans les rues du Multiplexe, regardez bien autour de vous si l’homme-mite n’est pas là, quelque part, aux aguets mais discret. Il est pourtant là, il veille à la quiétude de ses concitoyens. N’ayez plus peur de rentrer seul du restaurant ou du cinéma, ne craignez plus de faire une mauvaise rencontre. Mothman, l’homme-mite, n’est jamais loin, et un seul cri d’effroi le mettra en alerte, il sera auprès de vous avant que vous ayez fini de crier…


JF écarquilla les yeux.
— Mais qu’est-ce que c’est que ça ?
Il alluma le néon, s’appuya au lavabo et rapprocha son visage du miroir. Deux bosses rouges pointaient sous la peau de son crâne. Une de chaque côté. Juste au-dessus des tempes. JF les toucha prudemment. Quelque chose semblait remuer à l’intérieur…
— Merde ! Qu’est-ce que c’est que ces horreurs ?
JF se frictionna le front, en espérant voir disparaître ces abominables furoncles. Il frotta sans résultat et insista. Non, rien à faire. Ils affleuraient sur son crâne, à la limite du cuir chevelu. Rouges, mous et turgescents. JF ne ressentait aucune douleur lorsqu’il les pressait. Ils s’aplatissaient et retrouvaient immédiatement leur forme bossue dès qu’il retirait ses doigts.
— Bordel de dieu ! lâcha-t-il, stupéfait. C’est pas des boutons ça ! Qu’est-ce que ça peut bien être ? Je n’avais pas ça hier soir !

Il termina d’enfiler le t-shirt qu’il avait gardé autour des coudes et se pencha à nouveau vers le miroir. On dirait deux piqûres… Des piqûres d’araignée. Elles ont pondu leurs œufs sous ma peau ! se dit-il avec horreur. Elles vont grouiller dans mon cerveau...
Il s’enleva cette idée de la tête, fouilla nerveusement dans un tiroir, trouva un peigne parmi les brosses à dents usagées, les tubes de dentifrice et les cotons-tiges, puis s’employa à coiffer ses cheveux en avant, de manière à ce qu’ils recouvrent son front. Heureusement, il parvint assez bien à dissimuler ces deux horribles grumeaux d’épiderme boursouflé. Par chance, sa dernière visite chez Paol remontait bien à six ou huit mois. Il avait sur le crâne suffisamment de la matière, semi-grasse, pour cacher ces infectes verrues injectées de sang… Avec une noix de gel, sa coiffure résisterait même aux assauts du vent et il passerait plus ou moins inaperçu, si on n’y regardait pas de trop près. Mais, habitué à coiffer sa tignasse en arrière, il eut du mal ce matin à ne pas se trouver bête.
Je ne vais pas entendre parler que de mes pulls aujourd’hui ! songea-t-il avec morosité.


Commentaire :

Course poursuite effrénée entre un homme et l’étrange mal qui le surprend un triste jour, pour ne plus faire qu’empirer au fil du temps. Psychédélique, déjanté, cette histoire d’insectes, de gangsters et de justiciers vous fera passer du rire au larmes en un tour de page.


Retrouvez cette histoire dans le recueil Les piétons lunaires

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60 pages
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Version électronique : 1 €

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