partager

Le choix du précog

Quoi de plus difficile que de faire un choix quand l’avenir n’a aucun secret pour vous ? Car c’est bien souvent se résigner au pire.


Loue T2, vue mer, prox. Plage, lign. Drct. ctr ville Ch. Salon, kitch. Équip. Libre im. à la loc. 450 cruz + charges.

Phil replia la page du journal sur laquelle figurait l’annonce et jeta un coup d’œil à sa montre. 12 h 50. Son rendez-vous était à treize heures. Il avait prévu large – ses dix minutes d’avance auxquelles il faudrait immanquablement rajouter les dix de retard de l’employée de l’agence immobilière. Cette dernière chose, il ne l’avait sue formellement qu’en arrivant dans la rue, en s’imprégnant de l’avenir qui s’y déroulerait (en effleurant les murs qui la bordaient, en humant profondément l’air marin qui s’y engouffrait, comme il le faisait à longueur d’année afin d’éviter les surprises) – mais il s’en était néanmoins douté, comme tout un chacun l’aurait fait. Ces gens-là sont toujours en retard. Cela dit cette fille serait tellement belle – du moins espérait-il ne pas se tromper, qu’il n’était pas mécontent de patienter pour elle. Et pour l’appartement, duquel il espérait beaucoup.
Une vie confortable, des voisins discrets.

Il s’assit sur un muret, devant l’immeuble, face à la mer. Un rayon de soleil plaisant lui réchauffa les joues. Puis il attendit.
Exactement vingt minutes plus tard, une voiture grise, un modèle citadin haut de gamme, déboucha à toute allure dans la rue. Elle ralentit et son clignotant indiqua son intention de se garer. C’était bien cette voiture. C’était elle. Phil se leva.

Après un créneau impeccable, la berline disparut dans la file de véhicules stationnés qui s’étendait d’un bout à l’autre de la rue. Une porte grise s’ouvrit. Des jambes magnifiques, issues de la jupe d’un costulet à la mode – une tunique à jupe incluant une cravate ou un nœud papillon, en sortirent l’une après l’autre.
Un grand sourire égaya le visage de Phil.
C’était une jolie rousse aux cheveux bouclés, grande et mince. Il l’avait clairement prévu, elle était magnifique. Tout à fait à son goût. En tenant fermement son porte-documents sous son bras, elle vint vers lui en trottinant. Phil eut toutes les peines du monde, lorsqu’elle se rapprocha de lui, à détacher son regard de sa poitrine qui tanguait délicieusement au rythme de sa marche.
— Monsieur Retief ? demanda-t-elle en tendant la main. Philippe Retief ?
— C’est moi, confirma Phil en lui prenant délicatement la main.


Commentaire :

On les imagine employés top secret du gouvernement, ou bien joueur de poker milliardaire, mais les précogs, ces pauvres malheureux dont le fardeau est de connaître l’avenir, doivent affronter dans leur vie de tous les jours des épreuves toutes simples pour tout un chacun, mais insurmontables pour eux…


Retrouvez cette histoire dans le recueil Les piétons lunaires

acheter

Disponible


partager

Précédent

25 pages
Disponible
Version électronique : 1 €

Suivant