partager

Nous avons besoin d'un super héros

L’agent secret cache un secret de polichinelle…


Quelle stratégie doit adopter un bon dirigeant pour rétablir l’ordre et l’harmonie dans le territoire qu’il administre ?


Scarlatti arbora un air grave et paternaliste.
— Messieurs, dit-il d’une voix profonde, le temps d’un évènement sans précédent est arrivé. Nous avons besoin d’un super héros. Et nous l’aurons.
Personne d’autre que Scarlatti ne semblait habilité à briser le court silence qui suivit cette étrange déclaration. Colin fronça les sourcils, son voisin de droite plissa le front et Tom « Quelque chose », à sa gauche, afficha un sourire tendu. Dans l’ensemble, ils affichèrent tous les trois des expressions égarées.
— Un quoi ? demanda alors Colin avec une innocente insolence.
Debout dans un coin du bureau, les trois secrétaires adressèrent des regards inquiets à Scarlatti qui délassa les extrémités de ses doigts d’un geste décontracté et expliqua :
— Un super héros ! Un homme vertueux et dévoué qui vole au secours de la veuve et de l’orphelin. Telle est sa plus fidèle définition. Voici vos contrats, poursuivit-il en soulevant de la surface du bureau trois liasses de papier tenues par des agrafes en diamant. Vous travaillerez en 3/8, sept jours sur sept. Vos émoluments sont très motivants. Regardez donc vous-même. À toi, Paul, dit-il en faisant un geste vers ses secrétaires. Paul est mon secrétaire général, expliqua-t-il aux trois agents égarés sur leurs sièges. Et ces deux autres messieurs sont ses secrétaires. — Non, les vôtres, monsieur, intervint l’un d’eux.
Ils s’identifièrent chacun leur tour d’un simple signe de tête.
Le secrétaire général se racla la gorge en regardant ses deux collègues de travers, puis il s’approcha du bureau, prit les contrats sur lesquels il passa la main pour en ôter les poils de chat et les distribua aux trois agents ahuris. Ces derniers n’avaient pas l’air d’hommes maîtres d’une situation qu’ils comprenaient. Bien au contraire.
— Les Martiens ne veulent plus de nous, expliqua le premier secrétaire, en distribuant les contrats. Ils exigent des élections. Ils en réclament à tour de bras mais ils ne veulent pas de nos adversaires politiques non plus. D’ailleurs nous n’avons plus guère d’adversaire sérieux. L’opposition s’est découragée depuis longtemps. Alors à quoi bon des élections ? Le fait est que nos forces de police sont peu aimées...
— C’est un euphémisme, intervint un secrétaire subalterne avec morosité.


Commentaire :

Le thème du super héros est ici traité d’une manière décalée, en suivant les règles du marché de l’emploi, des horaires à respecter, des contraintes à contourner.


Retrouvez cette histoire dans le recueil Les éléphants gris d'Europe et d'Amérique

acheter

Disponible


partager

Précédent

33 pages
Disponible
Version électronique : 1 €

Suivant