partager

Rendez-vous manqué

Le monde se divise en deux catégories, qui se rejoignent à l’équateur. Deux catégories, qui chaque année désignent un champion dont la mission sera de signer l’armistice avec son homologue. Un échec retentissant, au dernières nouvelles.


C’était un discours académique, maintes fois rabâché comme on peut rabâcher une vieille légende ; Oliard l’écoutait d’une oreille distraite, en conservant néanmoins son regard poliment fixé sur Ilgauskas, le vieillard décrépi, drapé dans une toge tachée, qui le récitait (pour ne pas dire radotait) en le ponctuant de nombreux soupirs résignés.
Ce vieillard rassis, tellement digne, était l’autorité suprême des Êtres du Jour. Lorsqu’il parlait, on l’écoutait respectueusement. C’était une règle à laquelle le jeune Oliard ne dérogeait pas. Même si ce qu’il disait, Oliard l’avait entendu des dizaines de fois de la bouche de ses professeurs, de ses parents, de ses aînés, aujourd’hui le vieux Ilgauskas s’adressait personnellement à lui. C’était une toute autre histoire… En tête à tête… Aucun moyen de se dérober. Le vieux le tenait.
— …On a tout tenté pour mettre fin à cette pénible guerre, disait-il justement à l’instant-même où un grondement sourd résonna et fit trembler tout l’édifice. Oh là !
Ilgauskas s’interrompit en grognant. Il essaya vainement de rattraper les breloques et les bibelots qui ornaient son bureau mais ceux-ci basculèrent et quelques livres tombèrent même des étagères, libérant des dizaines de feuillets couverts de notes.
Oliard se précipita à la fenêtre. Un panache de fumée compacte s’élevait derrière les collines. Le grondement de l’explosion secouait encore la terre.
— Ça n’est pas tombé loin ! s’exclama-t-il en détachant son pince-oreilles.
  Ses oreilles, jusqu’alors attachées ensemble derrière son crâne, se déployèrent comme des ailes de papillon et s’affalèrent sur ses épaules. Oliard avait trop chaud… Il lui fallait de l’air. Il suait à grosses gouttes. Son sang, qui se rafraîchissait en circulant à travers les fines veines de ses oreilles qu’il agitait en secouant constamment la tête, remplissait le rôle de liquide de refroidissement organique et régulait la température de son corps.
Oliard s’épongea le front du revers de la manche.
— Mais comme vous pouvez le constater, reprit le vieillard en effectuant un semblant de rangement autour de lui lorsque le calme fut revenu, les missiles continuent de pleuvoir. Maudits soient-ils !
Oliard hocha la tête en silence.
Encore un missile, effectivement…


Commentaire :

Nous nous retrouvons ici dans un monde bien différent de tout ce que nous avions pu croiser auparavant. Un monde où les empreintes du nôtres sont les plus évidentes.


Retrouvez cette histoire dans le recueil Un dernier homme, pour la route ?

acheter

Disponible


partager

Précédent

24 pages
Disponible
Version électronique : 1 €

Suivant