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Un dernier homme, pour la route ?

Un homme du lointain futur, seul du jour au lendemain.
Un vaisseau traversant la galaxie avec son cortège de cercueils.
Un tribunal d’ours mutant siégeant à l’orée de la forêt,.
Un dernier homme, pris dans un zoo, qui apprend qu’il n’est peut-être pas seul.


LAmbassadeur, un vaisseau de transport colonial de classe 40, fonçait à travers la galaxie depuis cent ans en pilotage automatique. L’équipage et les colons reposaient endormis dans des cryocaissons d’hibernation. Le vaisseau avait franchi Proxima, Sirius et Orion en un siècle. Au cours du voyage, il avait vieilli et percuté un tas de débris cosmiques – généralement pas plus gros que des grains de poussière. Néanmoins, des rivets avaient cédé, des poutrelles avaient joué, des aérateurs s’étaient bouchés. Un séjour en cale sèche n’aurait pas été un luxe – mais il n’y en aurait certainement aucune là où il se rendait… car il n’y aurait rien du tout.
La planète cible, baptisée avec optimisme Arrivée par les responsables de la mission qui étaient restés sur Terre – et qui à ce jour reposaient même sous terre, annonçait son écho caractéristique sur les écrans radars : les astronautes, colons et membres d’équipage, devaient être ranimés immédiatement.
L’ordinateur du vaisseau activa automatiquement les servomécanismes des cryocaissons : ceux-ci bourdonnèrent et s’animèrent. Cent ans de givre s’écaillèrent en fines craquelures lorsqu’ils s’ouvrirent en grinçant comme des sarcophages.
Les quarante cryocaissons étaient bien rangés les uns près des autres dans une grande sale froide et silencieuse.
Une main fébrile émergea bientôt de l’un d’eux. Un astronaute s’en extirpa difficilement. Il était blême et maigrelet. Son pied nu glissa sur la surface lisse du sol et il s’étala contre le cryocaisson voisin. L’astronaute fit quelques pas hésitants dans la grande salle entre les cryocaissons. Il reprenait ses esprits avec peine. Ses sens se réactivaient lentement. Vêtu d’un simple débardeur et d’un slip, il était transi de froid.
Il s’appelait Hugues Mourazaki et il était pâtissier.
Car il fallait une pâtisserie sur Arrivée ! Une belle pâtisserie, que les trois ou quatre maçons de l’expédition qui reposaient dans d’autres caissons avaient la charge de bâtir pour lui. Mais Hugues Mourazaki fut le seul astronaute à sortir de son sarcophage cryogénique. Les trente-neuf autres demeuraient ouverts sur des cadavres. Un horrible dysfonctionnement avait tué tout le monde, sauf lui-même. Hugues Mourazaki parcourut les allées qui séparaient les cryocaissons en hurlant :
— Que quelqu’un se réveille !


Commentaire :

Quatre visions, vers la fin du monde, du dernier homme sur Terre. À mi-chemin entre fantaisie animalière et prospective superlointaine, ces quatre petits contes explorent quatre créatures torturées par une éternelle solitude.


Retrouvez cette histoire dans le recueil Un dernier homme, pour la route ?

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24 pages
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Version électronique : 1 €

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